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Les aventures de Hourria dans l’Algérie Nouvelle (épisode 7)

Les aventures de Hourria dans l’Algérie Nouvelle (épisode 7)

La rédaction
houria

Épisode 07 : G comme Général. G comme Guémail

Au début, nous avions le feu sacré, on a fait tomber Kafkadre et ses amis, mais très vite, le général Hayhate et ses alliés nous ont jeté un sort très puissant, concocté par l’innommable Bellezrag, un sorcier qui vit depuis 1962 dans la forêt de Bousba3.
Depuis, la plupart se sont transformés en chats, ils adorent tous un rubis rouge géant au centre de la nouvelle ville de Sidi Abdallah.

Les seuls qui ont échappé à la puissance du sort se sont retrouvés ici, sur 7irakos, on essaie, tant bien que mal, de résister à l’effacement de notre mémoire, à la division et à la tentation du mille-feuille et du rubis rouge. Mais nous sommes peu nombreux, notre magie est faible et, pour annuler le mauvais sort de Bellezrag, il nous fallait quelqu’un qui possède le feu sacré, et cette personne, c’est toi, Hourria. Nous te cherchons depuis des années.
— Mais je ne suis pas magicienne, répondit Hourria. Comment veux-tu que je combatte votre Lord Voldemort de Oued Kniss ?
— Mais la magie est en toi, dit le papa. Elle est dans tes colères, tes rires, dans tes doutes, tes peurs, tes espoirs et surtout dans tes rêves. La preuve : regarde, on est-là avec toi et El Hamel est en prison. Comme dans tes rêves.
— Mais ce n’est pas en rêvant qu’on va récupérer l’Algérie et vaincre l’empereur Khotta 1er. Il nous faut plus que ça, dit Hourria.

Un frisson parcourt l’assemblée sur la plage de 7irakos. On entend les ombres murmurer et les ailes de Shoona bourdonner. Des larmes coulent sur les joues de la maman de Hourria, un large sourire fend le visage de son père…
— Qu’est-ce qui vous arrive ? dit Hourria, pourquoi vous me regardez tous comme ça et d’où vient toute cette euphorie ?
— Tu as dit “nous”, Hourria, dit Abdelaziz le cafard. Tu as dit “nous” et “on”.
— Et alors ? dit Hourria.
— Et alors, ça veut dire que tu es avec “nous”, lui dit Shoona dont la ferfara était en surchauffe.
— On se calme, les ferfaristes, ok ? protesta mollement Hourria. C’est juste une façon de parler, je n’ai pas encore pris ma décision.
Tout à coup, alors que tout le monde se remettait de ses émotions, une sirène retentit, jetant l’effroi parmi les membres du district 22/2.
— Tous aux abris ! cria Shoona dont les yeux clignotent. Les hommes de Zighomatis sont là !

Ce n’était pas la première fois que les hommes de Zighomatis faisaient des descentes nautiques sur 7irakos, et ce n’était pas la première fois que les membres du district 22/2 les voyaient venir, ou plutôt les entendaient venir, puisque les patrouilleurs du Général Babourellou7 étaient très bruyants.
Les frégates des gardes-côtes de l’Algérie Nouvelle sont la grande fierté du Ministre de l’industrie Ferhat Khafourebbi, ancien rappeur hardcore de la East Coast de Aïn El-Hammam et allié de circonstance du Général Hayhate et de l’empereur Khotta 1er. Ils avaient réussi à récupérer des milliers de moteurs et de pneus des usines Ta7kout pour en faire des patrouilleurs en Méditerranée, afin de traquer les trafiquants, mais surtout les Harragas qui tentaient d’échapper au bonheur de l’Algérie Nouvelle.
Ferhat Khafourebbi a fait appel à Abdou Semsar, un ancien mannequin reconverti dans le montage automobile. Finalement, les frégates n’étaient pas rapides et faisaient beaucoup de bruit pour rien. C’était la marque de fabrique de Abdou Semsar et cela arrangeait vachement les habitants de Hirakos qui les entendait venir à 50 kilomètres à la ronde.

— Dépêchez-vous, cria Shoona la libellule. Il faut descendre dans l’abri.
“Plonger encore, se dit Hourria. Toujours descendre. C’est ce que je fais depuis le début.” Hourria et tous les membres du District 22/2 s’enfoncent, encore, dans un trou au milieu de la forêt de pins. Tout le monde est silencieux, mais on ne sent pas la peur. Au loin, on entend les moteurs des frégates du Général Babourellou7.
— Ne t’inquiète pas, ils sont encore loin, dit Abdelaziz le cafard.
“Il me faudra encore du temps pour m’habituer à l’idée que cette satanée bestiole arrive à lire dans mes pensées”, se dit Hourria.
— Je ne suis pas « une satanée bestiole » ! protesta Abdelaziz dans les escaliers qui mènent vers l’abri. Je suis un cafard, je peux vivre une semaine sans tête, je peux rester un mois sans manger, rester 40 minutes sous l’eau et supporter des niveaux élevés de radiations. Je suis un résilient, je suis un résistant !
— Et tu parles beaucoup, lui dit Jon, et tes histoires de vivre sans tête, ça fout le cafard… je voulais dire le bourdon ajouta Jon, narquois.
— C’est normal que je parle beaucoup, réponds le cafard. Je suis une blatte et les blattes déblatèrent. En revanche, vivre sans tête ne devrait pas te faire flipper, ça te réussit bien depuis ta naissance, rétorqua Abdelaziz non sans une certaine satisfaction.

Tout le monde est arrivé à la porte blindée de l’abri de Hirakos.
— Poussez-vous, dit Shoona, laissez-moi ouvrir.
— Tu peux t’éloigner de moi, hurla Hourria à l’adresse de Jon. Je sens ton haleine fétide dans mon cou ! Vieux vicieux ! T’es pas un coléoptère, mais tu colles vachement. Beurk !

À l’intérieur, ça sent le moisi. C’est une immense pièce qui, par bien des aspects, semble être un coffre-fort. Les murs sont peints en gris. Il y a des étagères métalliques à perte de vue de part et d’autre de la pièce, et des tables au centre, rangées à égales distances. Un souci de l’ordre et du détail qui détonne avec le comportement plutôt farfelu des membres du district 22/2.

Sur les étagères, il y avait des centaines de cartons. Des livres avec l’inscription visible “Constantine capitale de la culture arabe 2015”. Il y avait aussi des boîtes de sardines, du café, des bouteilles d’eau, des mouchoirs en papier, de l’aspirine, des serviettes hygiéniques et des portraits de Boumediene.
— Combien de temps va-t-on rester là ? demande Hourria à Shoona.
— Le temps qu’ils finissent leur ronde. Ils ne s’aventurent jamais à l’intérieur de l’île. Ils inspectent la plage et repartent. On les entendra partir, ne t’inquiète pas.

— Bonsoir mes bébés d’amour ! Ouallah nmout 3likoum et comme d’habitude, je profite de cette alerte sur 7irakos pour vous parler de nos derniers produits : mes casquettes “Madania machi 3askaria”. Je sais, mes bébés d’amour ! Vous allez me dire, mais que faire avec des casquettes dans un bunker ? Et moi je vous dirai : est-ce qu’être dans un trou t’autorise à être moche et mal habillé ? Eh bien non ! Et puis, les casquettes sont un accessoire de mode super trendy actuellement. Pas n’importe quelle casquette mes bébés, machi les casquettes de base elli telqawhoum sur Oued Kniss ! Mes casquettes à moi elles sont antiquités ! mel mefqoud ! 3andkoum des modèles hommes, mais aussi pour vous les femmes ! Plusieurs couleurs et même des réversibles qui deviennent “Askaria machi madania” au cas où vous en avez marre de 7irakos où on s’ennuie de ouf mes bébés d’amour…
— Mais tu nous casses les pieds avec tes casquettes ! Casse-toi ! crie la foule !
— Khelliwha tahder ! dit Abdelaziz le cafard, les antennes dressées ! Elle fait ce qu’elle veut ! C’est une guêpe libre !
— What’s happenz ? dit Hourria. Mais c’est quoi ce délire et qui est cette guêpe ?
— C’est Nahla, répond Shoona. Nahla la guêpe. Elle est très connue dans l’Algérie Nouvelle. Elle s’est fait connaître en participant à la Mekbout academy, un concours de chant télévisé. Fort de ce succès, elle a lancé son propre réseau sociala dénommé Guemail. Très vite, elle eut des millions de followers et elle est devenue influenceuse. Je sais, tu vas me dire : “Que fait-elle sur 7irakos ?” C’est l’amour qui l’a ramenée. Elle et Abdelaziz sont inséparables, ils se sont rencontrés lors d’un concert de Mok Saib à la Coupole. Elle était maîtresse de cérémonie et lui s’occupait de la sécurité. Leurs regards se sont croisés, il lui a mis un cœur, elle lui a mis un lol, et c’était le coup de foudre.

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— C’est l’amour, l’amour, qui fait tourner la Terre ! dit Jon en jetant un regard mielleux vers Hourria.
— C’est la gravitation qui fait tourner la Terre, répond Hourria, et je te fais une confidence, Julio : la Terre tournerait beaucoup mieux si tu allais graviter ailleurs, parce que là, tu commences à me sortir des orbites.
— On peut sortir, dit Shoona, le Général Babourellou7 et ses hommes sont partis.
— On peut rester ? disent Nahla et Abdelaziz.
— Pas question ! On a dit Ga3, c’est Ga3 !
Hourria était soulagé de retrouver la surface et de ne plus sentir l’odeur du moisi et l’haleine alcoolisée de Jon. Quelle horreur !

Dehors, c’était l’aurore, l’air était serein, le silence régnait en maître absolu. “C’est bizarre, Il n’y a pas d’oiseaux sur 7irakos”, se dit Hourria.
— Si, il y en a, lui dit sa maman, mais ils ne chantent plus depuis longtemps. Il y a trop de colombes en cage et trop d’innocents en prison.
— Maman, tu te souviens du jour où je devais faire une rédaction sur l’aube, et j’ai parlé du crépuscule ? C’était drôle, non ?
— Non Hourria, je ne m’en souviens pas, je ne suis pas ta mère, je suis juste ce que tu aurais voulu qu’elle soit, mais je n’ai pas ses souvenirs, je n’ai pas tes souvenirs. Je suis là tant que tu y crois encore, et puis, qui sait, demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, peut-être que je partirai. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

— J’ai faim ! dit Hourria. Vous avez voté pour le petit déjeuner de ce matin ou pas encore ? On peut faire une exception et légiférer par ordonnance, je ne pense pas que je pourrai tenir le temps d’un scrutin.
— Ramenez-lui son plateau repas ! ordonna Shoona. Tu as besoin de prendre des forces, Hourria car, lorsque le soleil se couchera dans les nuées, et que demain viendra l’orage, et le soir, et la nuit ; Puis l’aube, et ses clartés de vapeurs obstruées; puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s’enfuit !
Bref, à la tombée de la nuit, nous prendrons le bateau pour l’Algérie Nouvelle !
— Quoi ? Mais je ne suis pas prête, dit Hourria.
— Personne ne l’est, répondit Shoona, mais il faut bien passer à l’action.

À suivre…

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