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Les aventures de Hourria dans l’Algérie nouvelle (épisode 4)

Les aventures de Hourria dans l’Algérie nouvelle (épisode 4)

La rédaction

Chapitre 4 : D comme découverte. D comme délivrance

Hourria regardait, hésitante, Antar, Abla et Abdelaziz le cafard descendre dans la trappe vers l’Algérie Nouvelle.
— Viens, n’aie pas peur, lui dit Antar. Avec nous, tu seras en sécurité.
— La sécurité ? Et la liberté ? Dit Hourria, elle est garantie dans l’Algérie Nouvelle ?
— Machi weqtha, s’exclama Abdelaziz le cafard, le temps presse ! « Oh ! la maîtresse, la maîtresse ! Oh ! ce qu’elle va être furieuse si je l’ai faite attendre ! Et puis, tu ne vas pas rester seule ici, il n’y a aucun moyen de revenir chez toi par ce conduit et tu seras condamnée à errer dans ce corridor avec Kafkadre comme seul compagnon « 
Hourria se résolut à descendre avec ses trois nouveaux compagnons en empruntant une échelle en bois.
« Pourquoi descendre ? » se demanda Hourria, « Pourquoi ne pas monter, se demanda-t-elle, en faisant attention à ne pas glisser de l’échelle menant vers l’Algérie Nouvelle. »
— On ne peut que descendre, lui répondit Abla. C’est comme ça depuis le début. Si tu veux survivre, tu te baisses, tu regardes vers le bas. Si tu veux réussir, tu descends, si tu veux monter, tu te fais descendre… C’est notre loi de Newton à nous : l’inertie, la dynamique inversée et la loi de l’action-réaction, où, avouons-le, les réactions sont parfois disproportionnées.
Hourria continue de descendre quand, soudain, elle sent ses pieds devenir froids et mouillés. Elle jete un œil en bas et voit que l’échelle s’enfonce dans ce qui semble être une piscine.

Elle voit Abdelaziz, Antar et Abla plonger et elle décide de faire de même.
— Nage, lui crie Abdelaziz le cafard, ne te laisse pas emporter par le courant.
— Mais je ne sais pas nager, lui répondHourria. Je sais flotter, certes, plonger, mais je n’ai jamais nagé sous l’eau… Mais comment se fait-il que je puisse parler et respirer ? Cette eau est salée ! Où sommes-nous ?
— Nous sommes dans la « Mare Lacrima », une mer de larmes. Des litres et des litres de larmes. Des larmes de tristesse pour les martyrs morts les armes à la main, des larmes de joie pour l’Indépendance retrouvée, puis encore des larmes pour pleurer les morts, les trahis et les prisonniers ou pour crier sa joie, sa révolte ou sa colère, des sanglots étouffés des amoureux à la gorge nouée. Nous récoltons ici toutes les larmes de l’Algérie. Tiens, la dernière fois, on a reçu les larmes de ton Nasro. La nuit, dans son île grecque, il pense souvent à toi… et il pleure.

— Nasro pleure encore ? Pffff, yakhi fruité ! dit Hourria.
Elle se moquait souvent de lui quand il pleurait. C’est d’ailleurs elle qui l’a surnommé Nasro, parce que bekkay. Pleurer, c’est inutile et les larmes ne servent à rien !
— Au contraire, rétorque le cafard, les larmes sont nécessaires pour que l’œil reste humide et elles contiennent des protéines et d’autres substances qui maintiennent l’œil sain et permettent de combattre les infections, et les larmes émotionnelles nous aident à mieux nous connaître, à se concentrer sur l’essentiel, ce qui nous émeut et ce que nous aimons, comme Nasro qui a beau mettre une mer entre vous deux, mais qui t’aime toujours.
— Ça m’étonne, c’est un baratineur, le temps qu’il apprenne deux ou trois mots de grec, il trouvera sa Pénélope et lui chantera du Demis Roussos en dansant le Sirtaki. Il fait quoi maintenant ? demande Hourria d’un air faussement détaché.
— Il fait comme fait le nageur dans la mer, il nage et surveille ses affaires. Il essaie de se sortir de cette galère.
— D’accord, l’interrompt Hourria, et toi, tu pleures ? Je veux dire les cafards pleurent-ils ?
— Parfois, répond Abdelaziz, pas comme vous, mais cela nous arrive. Moi j’ai pleuré une fois quand Nahla, mon amie la guêpe, m’a piqué. C’est tout, mais restons concentrés s’il te plait, nage et ne te retourne pas.

— C’est ce que je fais depuis le début, répondit Hourria, c’est dur de nager à contre-courant et la visibilité n’est pas terrible.
— Je sais, dit Abdelaziz, mais c’est le seul moyen pour arriver sur les rivages de l’Algérie nouvelle, il faut nager à contre-courant.
— Mais où sont tes deux camarades, Antar et Abla ? demande Hourria
— On a pris des routes différentes, dit Abdelaziz, mais ne t’inquiète pas pour eux, ces deux là savent bien nager en eaux troubles.
« Troublant ce voyage », se dit Hourria tout en continuant à nager dans cette Mare Lacrima. Je respire et je parle sous l’eau, comme dans un dessin animé Disney. « J’espère un jour que je pourrai revoir Bengrina mon poisson rouge. Peut-être qu’il pleure lui aussi, mais on ne peut pas voir ses larmes, car il pleure sous l’eau.
— Terre ! Terre en vue ! s’écrie Abdelaziz, nous sommes arrivés Hourria !

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C’est une plage de sable fin, il y a aussi quelques gravillons : le rêve pour toute entreprise de construction. Hourria sent une légère brise lui caressait le visage. Elle est contente de respirer de l’air frais.
La plage en arc de cercle, protégée par des rochers et bordée d’une forêt de pins. Pleins de pins.
— Viens, ils nous attendent, lui dit Abdelaziz qui avait brusquement grandi.
— Que t’est-il arrivé ? lui dit Hourria avec étonnement. Avant tu étais petit et maintenant tu es grand. Avant tu rampais et maintenant tu marche. C’est la réalité ou encore une illusion d’optique ?
— Ça dépend des jours, dit Abdelaziz. Ma maîtresse m’a jeté un sort et depuis je me prends le karma dans la tronche direct. Si je fais des choses bien je grandi et je marche ; si je fais du mal, je deviens petit et je rampe. Mais pour l’instant marchons, ils doivent nous attendre.
« J’ai la dalle », pensa Hourria en suivant Abdelaziz le cafard. Ce voyage m’a donné faim et je n’ai rien avalé depuis ce matin, ou alors c’était hier ? Quel jour sommes-nous, en fait ? Quelle heure est-il ?
Hourria et Abdelaziz étaient maintenant au milieu de la forêt de pins, lorsqu’ils entendirent au loin une clameur bien familière :
ساعات الفجر وما جاني نــــوم
:::
راني نكونسومي غيربشويـــــة
— C’est quoi ce délire ? dit Hourria. Il y a encore le Hirak dans l’Algérie Nouvelle ? Et c’est au milieu d’une forêt ?
— Plus vite, répond Abdelaziz tout excité, on va rater la cérémonie !
Hourria a du mal à suivre le rythme de Abdelaziz, qui courait presque. La nuit était tombée et marcher dans l’obscurité devenait difficile.
Soudain, au milieu de la nuit noire, elle aperçoit une lumière. Au milieu d’une clairière, des ombres difformes chantent et dansent autour d’un feu :
شكون السبة وشكون نلـــوم
:::
ملينا المعيشة هاديــــــــــا
« Chuuut », dit une des ombres, « je crois avoir entendu quelque chose ». En une fraction de seconde, les clameurs se turent et les ombres se figèrent. Hourria aussi. Elle est horrifiée, son corps se raidit, ses mains sont moites. Aucun son ne sort de sa bouche. Elle entend juste le souffle des ombres et son cœur qui bat à la chamade.
— Salut l’équipe, dit le cafard. C’est moi et je ne suis pas seul.
— ABDELAZIZ ! crient les ombres à l’unisson. Tu nous as fait peur, 7req dine yemmas. On pensait que c’était les hommes de l’Empereur Khotta Premier !
— Non, ce n’est que moi. En chemin, j’ai réussi à semer Abla et Antar. Les amis, je vous présente Hourria. Elle est enfin la !
Toutes les ombres se tournent vers la jeune fille. Hourria est livide, mutique et transpirante.
— Bienvenue à toi, Hourria ! disent les ombres, nous t’attendons depuis si longtemps.
Hourria commence à retrouver ses esprits. Elle s’essuie les mains sur ses vêtements et redresse ses épaules.
— J’ai faim, dit-elle, est-ce que je peux manger quelque chose, parce que la je sens que je vais m’évanouir.
Jamais Hourria n’avait autant apprécié un sandwich de cachir. Elle le dévorait sans relâche sous les regards étonnés de Abdelaziz et de ses amis les ombres.
— Merci beaucoup pour le sandwich et la bouteille de Ifruit, chers je ne sais qui. Mais… dites-moi, sans vouloir vous offenser : c’est ça l’Algérie Nouvelle ? Un cafard, des ombres difformes, du cachir et un feu de camp au bord de l’eau ? Colonie de vacances ta3 Naftal ?

— Bonsoir Hourria, dit une des ombres. Je me présente, on m’appelle Jon, je suis le porte-parole ici. Tu es actuellement sur l’île de Hirakos et nous sommes les membres du district 22/2.
— D’accord, dit Hourria, et je peux savoir ce que je fais-la ?
Personne n’osa répondre à Hourria. Les ombres se turent et Abdelaziz baissa la tête.
— Wech, dit Hourria, vous avez tous avalé votre langue ? Le cafard, tu peux me dire, toi, pourquoi tu m’as amenée ici ? Hein ?
Tout à coup, les feuilles des arbres se mirent à trembler et un étrange bruit, comme celui d’un hélicoptère, se fit entendre.
— Elle est là, cria Jon— Chkoune « Elle » ? hurle Hourria de plus en plus exaspérée par la situation.
— Elle, c’est MOI, dit une voix venue du ciel.
Hourria lève la tête et aperçoit une créature extraordinaire. Elle avait une petite tête ronde, une frange blonde et des yeux globuleux à facettes on aurait dit une soirée disco. Elle avait quatre ailes et une hélice au bout de son corps allongé.
— Moi, c’est Shoona, je suis une libellule, on m’appelle aussi Ferfara et je suis le leader « provisoire » du District 22/2.
Dans le royaume de Khotta 1er, on nous appelle les « résidus du 7irak ». On a été chassés de l’Algérie Nouvelle après que Khotta 1er ait renversé son cousin Kafkadre avec l’aide du général Hayhate. Depuis, les Doigts Bleus ont pris le pouvoir et nous, on a été obligés de s’exiler clandestinement sur l’île mitoyenne de Hirakos de peur de se faire arrêter par les hommes de Zighomatis, l’horrible chef de la police qui ne rigole jamais. Alors, on est là, on répète nos chansons pour ne pas les oublier et, surtout, on ne laisse jamais le feu s’éteindre – dit Shoona en désignant le brasier au milieu de la clairière – et on attend.
— Et vous attendez quoi ? rétorque Hourria ?
— On attendait l’Élue, dit Shoona, et l’élue, c’est toi, Hourria.
A suivre…

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