Djouher et Aissa sont un couple ordinaire. Parents de 3 gosses, ils occupent un F3 dans la cité AADL de Chrarba. Discrets et économes, ils y mènent une petite vie tranquille depuis 7 ans. Le mari a la quarantaine. Il travaille comme préposé au guichet dans un bureau de poste. Djouher, elle, est; femme au foyer. Elle s’occupe des enfants qui ne vont pas encore à l’école. Le couple se serrait la ceinture depuis 4 ans dans l’espoir de s’offrir une Renault Symbol.

Rien ne laissait prévoir que l’existence de ce couple sans histoires serait bouleversée un jour. Et pour cause, Aissa, dans un moment d’égarement, a osé avouer à son épouse qu’il l’aimait.

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A Chrarba c’est la stupéfaction. La voisine de palier qui passe son temps à épier les gens a tout entendu. Aissa a bien dit à Djouher qu’il l’aimait. “Nhabbek ya wahd el bagra” a-t-il dit. C’était à 18h06, juste après le flash info en tamazight. Un vrai scandale, comme il y en avait jamais eu dans cette cité. Les voisins sont sous le choc. Comment se fait-il qu’un homme ose dire des choses aussi inavouables à sa femme ? Comment on en est-on arrivé là ?? A-t-on à ce point perdu nos repères et nos valeurs ?? Wine rahi redjla ?? Pourtant, rien dans l’attitude de Aissa n’augurait une telle faillite morale. Les femmes du quartier sont toutes d’avis, dire je t’aime c’est 3ib (une honte). “C’est un mec sans histoires. Le matin, quand je le croisais il disait toujours bonjour…” nous confie, Hamid son voisin, visiblement retourné. Samir un autre gars du quartier n’en pense pas moi “Il paraissait normal. Il jouait aux dominos avec nous. Jamais je n’aurais cru qu’il était capable d’une telle abjection”. Pour Hamid comme pour Samir, dire à sa femme qu’on aime est un “truc de pédés”. “Ouais, les vrais hommes battent leurs femmes en rentrant du boulot” devisent-ils, hilares et bien d’accord.

Depuis, Aissa et Djouher sont pointés du doigt dans le quartier. Tous les voisins leur en veulent. Plus personne ne leur parle. Même l’épicer du coin refuse de traiter avec eux. La petite communauté de Chrarba a décidé de les excommunier. Ils ont prévu de déménager pour refaire leur vie ailleurs. Avec leur trois enfants. Et le rêve d’avoir un jour une Renault Symbol. Mais Aissa est convaincu d’une chose : Plus jamais il ne dira à Djouher qu’il l’aime. Même ivre.

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