Saint-Valentin : Il lui déclare "Galbi wgalbek 3and el bouchi m3alguin" et arrive à la séduire

Mehdi Zidour
Publié le février 14, 2017, 8:53
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La Saint-Valentin a beau être une fête commerciale, certains trouvent l’amour en ce jour si particulier de l’année. C’est le cas de Farid, jeune chômeur Algérien, adepte de la chemma (tabac à chiquer), qui a jusqu’ici souffert le martyre en tentant de conquérir en vain l’élue de son cœur, Radja, une fille presque trop belle pour lui.

Pour la Saint-Valentin, Farid a eu comme un déclic. Dans un élan de confiance et de détermination, il s’est décidé à conquérir une bonne fois pour toutes sa bien aimée. Après s’être mis sur son tente-et-un, à savoir un incontournable « Lacoste-Araignée » typique du genre de personnage qu’il est, révisé ses répliques comme pour une pièce théâtrale et s’être regardé une dernière fois dans le miroir, histoire de vérifier que ses douze kilos de gel tiennent en place, le Roméo du bled s’en est allé rejoindre sa Juliette.

Le jeune homme, plus romantique que jamais a vu les choses en grand, et a réservé une table dans un café chic de son quartier du nom de « La cafitiria » ; le type d’endroit où on ne peut espérer obtenir une place si l’on débarque à l’improviste, sans réservation préalable, et où sont organisés les plus grands tournois internationaux de domino. Toutes les conditions étaient réunies pour que sa démarche soit un triomphe cette fois-ci : le lieu, la date, l’accoutrement et le « wech mami » sur le bout de la langue ; rien n’a été laissé au hasard.

Après quelques minutes d’attente, elle était là, resplendissante, se dandinant telle une danseuse étoile, et approchant majestueusement de son Valentin dont le cœur a manqué une mesure lorsque leurs deux regards se sont croisés ; il se leva pour lui soulever sa chaise comme dans un film à l’eau de rose, les mains tremblantes et les yeux écarquillés — sa clique aurait bien ri devant une pareille chute de virilité, et l’aurait probablement qualifié de « halleb », un mot qui n’a d’équivalent ni en français ni dans aucune autre langue. Ils s’assirent, il la regarda, elle le regarda ; l’ambiance était électrique, presque palpable, mais le charme n’opérait toujours pas.

Et il les prononça, les mots magiques : « Galbi wgalbek 3and el bouchi m3alguin » (Nos deux cœurs chez le boucher accrochés) lui a t-il déclaré ; son regard changea, son souffle s’accéléra ; le Cupidon Algérien qui n’a pas raté une miette du spectacle dégaina son arc et tira une flèche en direction du cœur de la jeune fille qui fut instantanément séduite, après avoir gratifié Farid d’un glorieux « li zomme » (les hommes).
Cette métaphore a piqué la curiosité des plus grands noms de la littérature et pour cause : elle exprime à la fois un amour profond, une liaison indéfectible dans un cadre lugubre en restant très poétique, le tout véhiculé par un verbiage simple, ludique et accessible.

Pour en revenir à notre histoire, il ne nous reste plus qu’à supposer que nos deux tourtereaux vivront très certainement heureux, et auront beaucoup d’enfants, tout aussi séducteurs que leur paternel.

Mehdi Zidour
Le divertissement est le meilleur régime contre le poids de l'existence.

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