Vivre d’amour et d’eau fraîche, voici un bel adage que Fateh a à peu de détails près vécu dans sa chair. A peu de détails près parce qu’en vérité, l’amour étant banni en Algérie, il a juste expérimenté la deuxième partie de l’adage et le plus approprié eût été de dire qu’il a vécu de branlette et d’eau du robinet. Vous m’aurez compris Fateh a vécu d’eau fraîche pendant une bonne semaine. C’est-à-dire en se nourrissant exclusivement d’eau, qui plus est, du robinet. Fateh est un jeune smicard, il habite la banlieue d’Alger et bien qu’il soit ingénieur en chimie il occupe un petit poste pré-emploi chichement payé dans une entreprise publique. Adhérant à l’appel citoyen de boycotter tous les produits de consommation dont les prix seraient hors de portée, à l’exemple des bananes, des mandarines, des oranges, de la pomme de terre, de l’oignon, de l’ail, du poivron, de la tomate, du chou fleur, de l’artichaut, de la viande, du poulet, de la sardine, du chocolat, du sucre, de l’huile et pleins d’autres produits dont il m’est impossible de dresser ici la liste, Fateh s’est juré de ne plus acheter aucun aliment, si indispensable fût-il, s’il jugeait que son prix était “trop élevé” pour sa petite bourse de smicard. Aussi, constate-il vite qu’il ne peut rien se permettre sauf l’eau, même pas minérale, mais du robinet. Son jeûne citoyen dure depuis une semaine, si bien que sa santé s’en trouve aujourd’hui menacée.

Mais Fateh n’est pas au bout de ses peines. Il risque de finir sa campagne de boycott sans eau puisqu’il vient de recevoir sa facture d’eau et qu’il n’est pas en mesure de la payer…

Nazim Baya
Je suis un garçon sans importance collective, tout juste un individu.

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